Sortie 21 : Stupeur et tremblements sur la départementale 940

« Ici, on boit, on mange, on dort ». Le leitmotiv est encore déchiffrable sur les murs défraîchis de l'Hôtel de La Croix Verte, au carrefour de la D940 et de la D61. Mais il n'est plus d'actualité : le nouveau propriétaire ne veut pas entretenir un hôtel au passé compliqué.

Lignières est une petite ville du centre de la France pleine de mystères. Parmi ses mille cinq cents habitants errent des fantômes. Celui d'un trafiquant d'armes, d'un photographe de stars assassiné ou d'un renard enragé. Certains ont même aperçu Sammy Decoster aux Bains-Douches. Le crooner fifties oublié préparerait son grand retour sur la scène française.

Après deux ans de jeu de piste, je suis accepté dans le groupe, mais quand même pas rassuré. Les musiciens de Sammy semblent descendre directement de la montagne. L'ingénieur du son doit venir du froid. Je dors par terre en face du cimetière, mon genou me fait mal et l'histoire de James Andanson, le « paparazzi qui en savait trop », me trotte dans la tête. La dernière fois qu'il a été vu vivant, c'était ici, à la Poste de Lignières.

Sammy se prend pour un loup au moment d'attaquer son tour de chant. On m'a affublé du même surnom que le vétérinaire installé à la sortie de la ville : « Le belge ». Je tente de documenter les tribulations techniques de musiciens préparant une tournée, mais l'ambiance de la rue principale m'obsède. Je me laisse porter par les nouvelles chansons dans une salle vide. Le rappel m'arrache une larme.

Je partage mon premier repas avec l'équipe. Les assiettes ont été récupérées dans une vente au kilo. Entre la soupe de lentilles corail et mon verre de rouge bio-nature se posent un blason et une inscription : Hôtel de La Croix Verte. Je reviendrai bientôt percer les mystères de Lignières.